« Je crois
que le Burkina est en train d’entrer dans le cercle des pays producteurs
d’or », a déclaré, Salif Kaboré le ministre burkinabè des Mines, des
Carrières et de l’Énergie, au dans une interview accordé à « Le Pays »,
quotidien d'information burkinabè. Dans cet interview le ministre donne
plusieurs informations intéressantes. Mais plusieurs questions restent en
suspens.
Le
ministre communique : « nous avons produit 24 tonnes et demi en 2010 ; si
nos objectifs se réalisaient, nous atteindront environ 27 tonnes en 2011.
Cela veut dire que quelque part, la production d’or prend de l’ampleur. L’or
est devenu le premier produit d’exportation. En 2010, les sociétés minières
ont versé à l’État environ 440 milliards de FCFA. L’or contribue à hauteur
de 7,28 % au niveau du PIB (Produit intérieur brut). Il y a aussi des
perspectives d’ouverture de nouveaux sites miniers dans notre pays ».
A priori, c'est une bonne nouvelle pour le Burkina. Surtout si on met
cela en perspective. D'après l'atlas du Burkina Faso (Éditions Jeune
Afrique) de 2001 de 1996 à 1999 la production d'or au Burkina tournait
autour de 1 tonne par an, et l'or valait beaucoup moins moins
qu'aujourd'hui.
Ces dernières années la production d'or est en croissance rapide : 5
tonnes en 2008, 11,6 tonnes en 2009, 25,6 tonnes en 2010, et donc 27 tonnes
en 2011. Mais d'autres annoncent 33,7 tonnes pour cette même année 2011, et
40 tonnes en 2012. A cela il faut ajouter que la valeur de l'or à été
multiplié par 3,5 depuis les années 2000-2004, et par 2 depuis 2008. C'est
dire qu'en devise la progression est très forte.
Si les
sociétés minières ont versé à l’État 440 milliards de FCFA en 2010,
on peut espérer 600 milliards en 2012.
Il est intéressant de comparer ces chiffres aux montants des derniers
budgets du Burkina. A savoir :
2009 : 919 milliards de FCFA / 2010 : 891 milliards de FCFA / 2011 :
1 002 milliards de FCFA. C'est dire qu'avec, en principe, si le prix de l'or
se maintient assez haut, le gouvernement aura ne nouvelles possibilités dans
les prochaines années.
A qui va profiter cet or ?
La question reste posée. On aurait pu penser que pour commencer (et pour
éviter des catastrophes pour l'environnement) le réseau routier allait être
le premier bénéficiaire, au moins pour les routes qu'empruntent les camions
remplis de cyanure en provenance du Ghana. Or le 29 juillet dernier un
camions de 40 tonnes de cyanure s'est renversé et a pollué le barrage de
Djibo. Dans la presse burkinabè, on peut lire : « on le sait, le mauvais
état du barrage de Djibo explique cette chute de l’un des camions qui
transportait 40 000 tonnes de cyanure pour la mine d’or d’Inata. »
Il y a quelques années quand le coton « se portait bien », le réseau des
pistes rurales des régions cotonnières en a profité. Il est difficile de
comprendre pourquoi l'argent de l'or ne profite pas au réseau routier
qu'emprunte les camions de cyanure qui vont ravitailler les mines du Burkina
pour les sécuriser.
Ce
n'est pas tout. « Le reporter » une publication burkinabè spécialisé dans
les enquêtes et reportages vient de publier le résultat de leur enquête sur
ce qui s'est passé en 2009 dans le village de Kouna, de la commune de
Markoye, près de la mine d'or d'Ekkassane. Cette mine est actuellement
exploitée par la société IAMGOLD. Mais en 2008 cette société était en phase
de construction. Mais elle a trouvé sur place des déchets encombrants
(laissé par les sociétés minières qui ont exploité le site avant l'IAMGOLD).
Elle a interrogé l'État sur « la question des déchets de la CEMOB (c'est
ainsi que l'on appelait la montagne – colline - qui abritait les déchets).
Devant le silence de l'état, la société a renvoyé le gardien et quelques
semaines après, elle a fait raser le lieu. » Et quelques mois plus tard, 198
bœufs, 231 moutons, 321 chèvres et un chameau (chiffres de la Direction
provinciale de l'élevage) sont mort d'une maladie mystérieuse. …/...
Aujourd'hui, à la question : « d'où viennent les métaux lourds qui ont
empoisonné le barrage de Kouna provoquant la mort de centaines d'animaux ? »
des sources (qui souhaitent rester anonymes) au sein du ministère de
l’Énergie et des Mines sont formelles : la société IAMGOLD a fait déverser
les déchets qu'elle a trouvés à Essakane dans la « brousse » de Markoye.
Est-ce parce que les éleveurs n'ont pas manifesté (avec violences) à
Ouagadougou que ces éleveurs n'ont pas encore été indemnisés ?
L'or du Burkina fera-t-il le bonheurs des uns et le malheurs des autres ?
Tout espoir n'est pas perdu. Le pire n'est jamais sûr !
Lisez :
Le Burkina va-t-il transformer son or en énergie solaire ?
Koudougou, le 3 septembre 2011
Maurice Oudet
Président du SEDELAN