Chaque jour, nous recevons de nouvelles
informations sur l'accaprement des terres africaines. Même la Banque
Mondiale qui n'est pas neutre dans ce processus nous donne matière à
réflexion. Voici, à ce sujet quelques passages tirés de la
lettre hebdo 318 de l'AFDI.
Etude de la Banque mondiale sur les acquisitions de
terres
La Banque mondiale a publié le 7 septembre, un rapport sur les
acquisitions de terres à grande échelle. Le document s’intitule « L'intérêt
croissant pour les terres agricoles dans le monde peut-il apporter des
bénéfices équitables à long terme? ». Le rapport
constate que 450 millions d’hectares ont été acquis en 2009, alors
que depuis dix ans, la moyenne annuelle était de 40 millions d’hectares, et
que les trois-quarts de ces terres se situent en Afrique. En 2009, la Banque
mondiale avait proposé sept principes généraux à l’attention de l’ensemble
des acteurs concernés (investisseurs, société civile et gouvernements) : le
respect des droits des populations locales sur les terres et les ressources
naturelles, la nécessité que l’investissement contribue à la sécurité
alimentaire, la transparence des projets, la consultation et la
participation de toutes les parties prenantes au projet, et la nécessité de
cadrer les investissements dans une démarche responsable et durable tant sur
les aspects sociaux qu’environnementaux.
Dans cette nouvelle étude, s’appuyant sur des études de cas, les auteurs
estiment que « dans la plupart des situations, les
bénéfices retirés de ces opérations sont faibles, voire inexistants ».
S’ils expliquent que les investissements étrangers peuvent être un moyen de
corriger la faiblesse des moyens financiers des pays, d'apporter des
transferts de technologie, d'améliorer la productivité de leur agriculture
et de réduire la pauvreté, ils reconnaissent également qu’ils peuvent être
source « de conflits sérieux, voire d'opérations purement et simplement
frauduleuses ». Ils constatent ainsi que « les
acquisitions se font souvent au détriment des populations locales, en
particulier celles qui sont les plus vulnérables, sans leur apporter les
compensations appropriées.»
... / ...
L’étude souligne que certains investisseurs en Afrique semblent davantage
intéressés « par la spéculation sur la hausse des
prix des terres que par leur exploitation, et ils ne cultivent que
partiellement les terres acquises ». Certains pays africains, comme
le Mozambique, tentent même à présent de revenir sur les acquisitions
foncières antérieures. (Fin de citation)
A cela il faudrait ajouté tous ces projets, notamment autour des
agrocarburants, qui ne font l'acquisitionque de quelques centaines
d'hectares mais qui ambitionne de faire travailler pour eux, pour des
revenus dérisoires des millions de paysans sur des millions d'hectare. A
titre d'exemple la socité BRP Afrique, implanté en Côte d'Ivoire, a sa
plantation propre de 1 000 ha de Jatropha, mais elle vulgarise cette culture
en incitant à la création d'un million d'ha de jatropha.
Pour cela le jatropha est présentée comme la plante
miracle qui va sauver l'Afrique, alors qu'elle va uniquement enrichir les
sociétésdu Nord qui voudront continuer à polluer la terre grâce au commerce
du carbone... sur le dos des africains.
Il me semble urgent que la société civile
africaine mette en place des cellules de veille sur ces réalités et que ce
thème soit fortement débattu au prochain Forum Social Mondial de Dakar.
Koudougou, le 19 septembre 2009
Maurice Oudet
Président du SEDELAN